Témoignage recueillis auprès de Gilbert ROBIN - 10/09/2026
Les œuvres de Monique Marjolet Furic
On ne peut rester insensible face aux sculptures de Monique Marjolet Furic.
Elles parlent intimement aux femmes et imposent le respect aux hommes.
La terre qu’elle sculpte, c’est Gaïa : la femme-terre nourricière primitive, mère de toute création. La femme que Monique Marjolet Furic fait naître de la glaise, qu’elle soit mère, jeune fille ou enfant, est toujours magnifiée dans sa toute-puissance.
Pourtant ce qui frappe, tout d’abord, dans ses bustes aux visages offerts, c’est leur innocence, leur apparente simplicité bienveillante. La sérénité qui s’en dégage invite spontanément au recueillement et à l’introspection.
En effet, par la profondeur des histoires que ces œuvres nous racontent, par le hiératisme des postures, ou des décors pour les œuvres non-figuratives, et aussi par le matériau primitif qui les constitue, l’observateur se sent immédiatement convié à la célébration d’un rituel. Que ce rituel soit tour à tour aztèque, africain, exotique, ou même parfois antique, voire archaïque, peu importe !... Ce qui compte c’est le silence et le respect qu’il impose.
Le choix des matériaux n’est pas fortuit. Il contribue, au contraire, au caractère rituel de ces œuvres : la terre chamottée des pièces non patinées tend à leur conférer ce statut d’artefact primitif immémorial que l’on ne peut observer qu’avec déférence.
La patine des autres œuvres figuratives recèle un mystère : l’aspect granité, propre à toutes ces œuvres, leur donne un côté minéral, l’objet apparaissant ainsi moins fragile, plus éternel.
Pourtant la nuance de ces patines, plus ou moins « bronze », plus ou moins « vert de gris », plus ou moins « cérusée », plus ou moins « tanique », est choisie pour s’accorder exactement avec l’expression du visage et l’histoire qu’il nous raconte. La patine nous rend ainsi ces personnages plus vivants, plus chaleureux, plus expressifs et, paradoxalement, moins hiératiques.
Pour autant ces bustes et ces visages ne sont pas de simples portraits où l’on voudrait rechercher une quelconque ressemblance : la parure y est un élément-clé.
Les têtes apparaissent toujours couronnées, qu’il s’agisse de véritables diadèmes ou de simples chevelures champêtres, la couronne multiforme qui coiffe les têtes de ces modèles oblige à les imaginer pris dans un moment d’exception, peut-être festif ou cérémonial, à chaque fois, sacralisé.
Parfois la tête est couronnée d’une coiffe si lourde qu’on croirait qu’elle fait ployer le cou, c’est une ruse de séduction, car le visage, loin de trahir la moindre fatigue, sourit plutôt de votre étonnement.
Un point commun entre toutes les œuvres, qu’elles soient figuratives ou abstraites, c’est la constance de cette parure, qui contribue à créer cette distance entre l’œuvre et le visiteur ; celui-ci n’ayant plus l’image d’un objet ou d’un personnage banal, fût-il souriant et bienveillant, c’est celle d’un artefact ou d’un être d’exception qui capte toute l’attention.
Car c’est bien cela !… C’est à la puissance douce de la femme que Monique Marjolet Furic, à travers ses œuvres, nous invite à vouer un culte.
Ces visages enfantins, gracieux et épanouis, visages offerts à la façon de certaines statues précolombiennes. Ces jeunes filles émergeant d’une nature foisonnante, images de sérénité, de don de soi, totalement confiantes dans l’offrande. Ces femmes-totem, femmes-monde, femmes-cosmologie, résumant à elles seules l’humanité toute entière. Et même ces femmes d’un autre âge, au visage lumineux, contemplant les étoiles, toutes ont en commun cette confiance absolue en leur force intérieure.
Dans les rares représentations de l’homme, celui-ci peut apparaître soumis, vieux, triste et toujours accompagnés d’évocation de la nature.
Au milieu de ces œuvres nous sommes finalement invités à une promenade réflexive et inspirante dans ce monde singulier propre à Monique Marjolet Furic, fait d’images d’enfance, de ferveur et d’amour, qui dévoile plus profondément un thème universel : l’archétype de la femme qui serait, tout à la fois, enfant épanoui, mère aimante et protectrice, et femme-lumière en majesté.
Autre témoignage - 01/10/2026
Créer est une activité solitaire. Exposer est un partage.
Son travail est principalement consacré à la sculpture en terre cuite, avec une prédilection pour la figure humaine, les femmes et l’inspiration africaine. Elle explique travailler notamment avec l’argile du Fuilet, qu’elle laisse parfois brute afin de conserver les traces du modelage et les subtils reflets du mica après cuisson.
Ce qui me paraît particulièrement intéressant dans son œuvre est le rapport très direct à la matière. Elle ne cherche pas à faire disparaître les traces du geste : elles participent au caractère de la sculpture. Ses personnages semblent davantage évoqués et suggérés que reproduits de manière académique.
J'aime également le fait qu'elle laisse une place à l'interprétation du spectateur. Elle dit elle-même ne pas aimer expliquer ses œuvres, préférant « les donner à regarder ».
Son parcours montre par ailleurs une présence régulière dans des expositions régionales : elle a notamment été invitée au Salon des arts de Cholet en 2023 où elle a reçu le Prix Fernand Dupré (sculpture).
